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Promotion 2025/2026

Retour sur la session 8 : Europe économique et budgétaire

Pour cette huitième session, les jeunes de l’Académie ont été plongés au cœur des enjeux économiques et stratégiques de l’Union européenne. Accueillis au siège de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, ils ont échangé avec trois intervenants de haut niveau autour de thématiques majeures telles que le budget européen, le financement de l’économie et la souveraineté de l’Europe. Une rencontre riche en analyses et en perspectives, qui a permis de mieux comprendre les défis auxquels l’Union est aujourd’hui confrontée.

 

Remettre le crédit au coeur du financement européen

Priscille Szeradzki, Directrice générale de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, marque une différence claire entre les banques coopératives et les banques capitalistes qu’elle décrit comme fondamentalement différentes. Les banques coopératives sont nées au XIXe siècle en réponse à l’exploitation des classes populaires par les usuriers locaux. Elles se fondent sur un principe clé, à savoir : une personne égale une voix, quel que soit le capital détenu. Ce modèle de gouvernance démocratique, toujours au cœur de leur fonctionnement actuel, couplé à l’absence de maximisation des dividendes et à une solidité financière reposant sur la mise en réserve des bénéfices, permet aux banques coopératives de financer des territoires éloignés des métropoles. Ces derniers sont souvent abandonnés par les autres acteurs du secteur bancaire, par peur d’investissements risqués. Cependant, Priscille Szeradzki assume ce rôle d’incarnation de l’intérêt collectif en refusant de cantonner la finance à une clientèle aisée. D’après elle, « le principe même de la mutualisation repose sur un mix de profils et de revenus diversifiés ».

Au-delà du modèle coopératif, Priscille Szeradzki a alerté sur un angle mort des débats autour de l’Union de l’épargne et de l’investissement : la place majeure du crédit bancaire. Celui-ci finance aujourd’hui 75 % des activités économiques en Europe, et miser uniquement sur l’investissement pour répondre aux besoins de financement du continent serait une erreur.  Il est également nécessaire de stimuler le crédit, y compris vers des entreprises plus « risquées » comme les startups ou dans le cadre d’opérations de LBO. Cela implique de simplifier une réglementation trop souvent alourdie par un processus institutionnel, où le texte issu du trilogue européen finit par vider les accords politiques de leur substance.

Quel budget européen pour l’après 2027 ?

Eulalia Rubio, chercheuse senior à l’Institut Jacques Delors, a permis de mieux comprendre les enjeux liés à la préparation du futur budget de l’Union européenne pour la période 2028-2034. Historiquement conçu comme un instrument de redistribution et de convergence économique entre les territoires européens, le Cadre Financier Pluriannuel (CFP) de l’UE tend aujourd’hui à devenir davantage un outil de puissance économique, industrielle et géopolitique. La proposition de CFP 2028-2034 repose ainsi sur trois grandes orientations : une réorientation des priorités budgétaires, une plus grande flexibilité dans l’utilisation des fonds et une simplification des instruments existants. Si la taille globale du budget ne semble pas connaître de bouleversement majeur, sa composition évolue sensiblement. Enfin, Eulalia Rubio a évoqué la question du financement du budget européen, avec  le développement de nouvelles ressources propres afin de renforcer l’autonomie financière de l’Union. Toutefois, les contributions nationales des États membres demeurent au cœur du financement du budget européen, ce qui rend les négociations particulièrement complexes.

Les débats budgétaires européens ne sont pas seulement techniques : ils traduisent avant tout une vision politique des priorités de l’Union pour les années à venir. Le futur budget constituera ainsi un indicateur important de la capacité de l’Europe à répondre aux défis économiques, industriels et géopolitiques du XXIe siècle.

L’Europe vouée à la dépendance ?

Après avoir présenté son essai L’Europe ne sera plus captive de Zeus, publié le 6 mai 2026, Éric Lombard a dressé le tableau d’une Europe à la croisée des chemins, menacée par le retour des rapports de force géopolitiques et par son propre manque de volonté politique. Partant d’une dystopie située en 2050, l’ancien Ministre de l’Economie a défendu l’idée que le principal défi européen n’est pas économique mais stratégique : sans souveraineté militaire, énergétique et industrielle, le continent est voué à la dépendance. Face au désengagement américain et à l’affirmation toujours plus importante des puissances russe et chinoise, il plaide pour la construction d’une véritable « Europe des Armées », capable d’agir de manière autonome tout en restant affiliée à l’OTAN.

Au-delà de la défense, Éric Lombard appelle à une Europe plus flexible, capable d’avancer à quelques États lorsque l’unanimité bloque l’action collective. Il défend également une accélération de l’Union de l’épargne et de l’investissement afin de mobiliser davantage les capitaux européens au service de la croissance du continent. Ainsi, son propos repose sur une conviction centrale : l’Europe dispose des ressources économiques, industrielles et humaines nécessaires pour demeurer une puissance mondiale, mais son avenir dépendra de sa capacité à transformer cette puissance potentielle en affirmation politique.

Comment incarnez-vous l’Europe ?

Le metteur en scène et compositeur Roland Auzet a proposé à la promotion 2025‑2026 un atelier original autour de la notion de citoyenneté européenne. Répartis en petits groupes, les élèves ont d’abord pris part à un court débat visant à interroger leur sentiment d’appartenance : se sentent-ils Français, Européens, Bulgares ou encore Bordelais ? Cette première réflexion a servi de point de départ à un travail plus créatif.

Dans un second temps, les participants ont été invités à incarner, à travers des mises en scène, leur propre vision de la citoyenneté européenne. À travers ces expérimentations artistiques, nourries d’échanges et de collaboration, chacun a pu exprimer sa perception de l’Europe et la partager avec les autres. C’est aussi ça, l’Académie Notre Europe : des conférences et des rencontres passionnantes le matin, mais aussi des ateliers participatifs l’après-midi pour expérimenter, débattre, créer et apprendre autrement.

Clap de fin !

Cette avant-dernière session avant la fin de l’Académie 25/26 était aussi l’occasion d’avoir un retour des jeunes de la promotion. Pendant une heure, ils ont échangé en groupe sur les points positifs de l’année, les quelques points à améliorer mais aussi ils ont donné quelques riches idées pour fêter les 10 ans de l’Académie l’année prochaine !